🔍 Positiver la sobriĂ©tĂ© grĂące Ă  l’ESS

26/09/2022
image d'un pied dont nous voyons les empreintes digitales mises en exergue par du carbone pour illustrer le titre : "Que fait l'ESS pour la neutralité carbone ? "

Les entreprises de l’ESS sont-elles exemplaires en matiĂšre de rĂ©duction des Ă©missions de gaz Ă  effet de serre ? Certes non. L’ESS peut-elle peser sur la neutralitĂ© carbone française ? AssurĂ©ment oui. Ness vous explique tout et notamment en quoi cette Ă©conomie sociale et solidaire pourrait rendre la sobriĂ©tĂ© Ă©nergĂ©tique - aujourd’hui synonyme de gestion de la pĂ©nurie - attractive et positive.

La France est responsable de l’émission de Gaz Ă  effet de serre (GES) Ă©quivalent Ă  plus de 600 millions de tonnes de CO2 par an. Soit un peu plus de 9 tCO2 Ă©q. par an et par habitant. La neutralitĂ© carbone qui nous aidera Ă  juguler la hausse globale des tempĂ©ratures en dessous des 1,5° C, fixe notre limite Ă  2 t CO2 par an et par habitant. Un objectif de division par plus de 4 Ă  atteindre d’ici 2050.

Que pĂšse l’ESS dans ces Ă©missions ? Le chiffre n’existe pas et il manque pour valider sans ambages que l’ESS est une Ă©conomie de la sobriĂ©tĂ©. Mais au vu du peu de poids que reprĂ©sentent les activitĂ©s industrielles, extractives ou Ă©nergĂ©tiques, l’ESS pĂšse probablement moins en Ă©mission de GES que les 6 Ă  10 % qu’on lui attribue dans le PIB français. Une hypothĂšse qui mĂ©riterait toutefois d’ĂȘtre validĂ©e et qui, quoi qu’il en soit, ne dĂ©douane pas les entreprises de l’ESS de participer Ă  l’effort collectif de rĂ©duction de nos Ă©missions de GES.

 

Image d'un prés occupé par des vache, avec en gros plan l'une d'entre elles

RĂ©duire les GES de l’ESS

A commencer par le secteur des coopĂ©ratives agricoles (l’agriculture reprĂ©sente 19 % des Ă©missions, derriĂšre les transports avec 31 %), mais aussi les banques coopĂ©ratives ou encore le secteur mutualiste qui, du fait de leur activitĂ© financiĂšre (investissements, prĂȘts, placements
) portent la responsabilitĂ© d’exclure ou non de leur portefeuille des secteurs ou activitĂ©s fortement Ă©mettrices.

A titre d’exemple, Harmonie Mutuelle, premiĂšre mutuelle santĂ© avec prĂšs de 5 millions d’assurĂ©s (ndlr : Harmonie Mutuelle ESS est l’éditeur de Ness) sĂ©curise, comme toutes les mutuelles, les cotisations de ses assurĂ©s via des placements financiers. La mutuelle a adoptĂ© une stratĂ©gie climat ambitieuse en 2022 qui englobe la mise en cohĂ©rence du portefeuille d’investissements avec les objectifs de rĂ©duction de son empreinte carbone.

Un chantier complexe, comme l’explique Lionel Fournier, directeur SantĂ© et Ecologie d’Harmonie Mutuelle, dans le podcast « La transition c'est la santĂ© » qu’il nous a accordĂ© : « Ce n’est pas facile avec une sociĂ©tĂ© française qui vit largement au-dessus des objectifs de l’Accord de Paris. Pour autant, notre direction des finances ne veut pas se payer de mots et fait un travail de documentation complexe pour Ă©valuer l’impact carbone des entreprises, identifier quels objectifs se fixent ces entreprises et accompagner la dĂ©carbonation de ces activitĂ©s. C’est ce qui nous permet d’avoir aujourd’hui un portefeuille dont l’impact carbone, traduit en Ă©volution de la tempĂ©rature, est quasiment un degrĂ© en dessous de la moyenne des portefeuilles d’investissement. On n’est pas encore au 1,5 degrĂ©, mais on avance
 ».

L’ESS est donc bien dans le mĂȘme bateau que le reste de l’économie. Les activitĂ©s sanitaires et sociales et solidaires, majoritaires dans l’ESS, produisent, elles aussi leur empreinte carbone et certaines associations se lancent dans l’évaluation et la rĂ©duction de cette empreinte comme nous l’indiquait StĂ©phane Pareil, directeur de l’Arseaa dans notre prĂ©cĂ©dent dossiers (Ă©coutez le podcast : « L'ESS a-t-elle les moyens de sĂ©duire les Millenials ? »).

 

une femme tient un panneau flĂšche vers le bas

Croissance ou décroissance ?

Alors pourquoi l’ESS affiche-t-elle autant son adĂ©quation aux enjeux de la transition Ă©cologique ? Il faut commencer par noter que l’histoire de l’ESS est faite d’époques, chacune marquĂ©e par une priorisation des enjeux sociĂ©taux qu’elle poursuit. Comme l’évoque l’ouvrage Ă©pistolaire des Sibille, pĂšre et fils, Être radical, dialogue entre deux gĂ©nĂ©rations pour changer l’économie, l’économie sociale des annĂ©es soixante-dix s’est construite dans le combat pour l’emploi et celui contre les inĂ©galitĂ©s. AntĂ©rieurement, le mutualisme et la coopĂ©ration se sont organisĂ©s face Ă  la prĂ©Ă©minence du modĂšle capitaliste. Les sociĂ©tĂ©s de personnes favorisaient un meilleur accĂšs aux droits, dont celui de consommer (ex. : La Maif issue de la nĂ©cessitĂ© pour des instituteurs d’accĂ©der Ă  des assurances auto Ă  prix raisonnable). Bien que le Club de Rome ai publiĂ© son rapport sur Les Limites de la croissance en 1972, cette Ă©conomie sociale « tardera Ă  prendre le tournant Ă©cologique qui Ă©merge dans les annĂ©es quatre-vingts », estime Bastien Sibille, fils et co-auteur de Hugues Sibille et surtout fondateur de Mobicoop et prĂ©sident des Licoornes. Et ce n’est pas qu’une question de conscience environnementale, selon lui. Il relĂšve que « l'ESS n'a pas rĂ©solu la question de la croissance sur le plan idĂ©ologique (
) des dirigeants de l'Ă©conomie sociale sont restĂ©s dans le logiciel d’une croissance Ă©conomique indispensable pour que la pauvretĂ© soit rĂ©sorbĂ©e ».

L’enjeu climatique apparaĂźt il y a une quinzaine d’annĂ©es dans l’ESS selon Bastien Sibille : « avec des entreprises comme les Fermes d’Avenir, ou encore, ce que je dĂ©fends, des coopĂ©ratives qui ont fait de la transition Ă©cologique le cƓur de leur mĂ©tier et se regroupent aujourd’hui au sein des Licoornes ». On y trouve notamment Enercoop, producteur et distributeur d’électricitĂ© verte dont le vĂ©hicule d’investissement et de mobilisation citoyenne Energie partagĂ©e ambitionne de reprĂ©senter d’ici 2030 15 % de la puissance installĂ©e en Ă©nergies renouvelables en France (Ă©coutez le podcast : « LibĂ©rez l'Ă©lectron citoyen qui est en vous »).

 

illustration de 5 personnages mettant en scÚne différentes mobilisations individuelles pour la transition écologique telles que le recyclage, les ampoules led, les panneaux solaires, le circuit court alimentaire, laisser une place plus importante à la nature

Economie d’énergie ou Ă©conomie de la sobriĂ©tĂ© ?

Peut-ĂȘtre faudrait-il Ă©largir la chronologie du reprĂ©sentant des Licoornes. Notamment si l’on se souvient que les militants de la bio dĂ©velopperont des alternatives en empruntant les statuts de l’ESS dĂšs le dĂ©but des annĂ©es 90 (Mouvement des Amap, RĂ©seau des Biocoop) et que d’autres, au mĂȘme moment, inventeront l’économie circulaire (Le Relais, EmmaĂŒs, Envie) en identifiant la ressource de la seconde main comme vecteur d’activitĂ© et d’emploi. Mais ce dĂ©tour historique permet de comprendre que l’ESS, sans avoir Ă©tĂ© « de tout temps » un chantre de l’écologie, a toujours recelĂ© des principes d’organisation et d’action qui sont dĂ©sormais identifiĂ©s par les promoteurs de la transition comme favorable Ă  une Ă©conomie de la sobriĂ©tĂ©.

De fait, si la question de la croissance n’est pas rĂ©glĂ©e au sein de l’ESS, « l’ESS porte en elle une forme de sobriĂ©tĂ©, explique Antoine DĂ©tournĂ©, dĂ©lĂ©guĂ© gĂ©nĂ©ral d’ESS France. Sa raison d’agir est de rĂ©pondre Ă  des besoins sociaux. Donc la question n’est pas de vendre quelque chose qui ne sert Ă  rien et va gĂ©nĂ©rer des flux de matiĂšres, des flux logistiques, etc. Ça limite en soi le gaspillage que l’on peut constater dans notre sociĂ©tĂ© de consommation ».

Les scénarios de la transition écologique

Cette idĂ©e fait dĂ©sormais son chemin hors des alcĂŽves de l’ESS. La relocalisation des activitĂ©s Ă©conomiques et les circuits courts, la coopĂ©ration des parties prenantes, la quĂȘte d’un bĂ©nĂ©fice environnemental et social plus que financier apparaissent dans le champ de vision d’acteurs aussi centraux que l’Ademe. Ce chef d’orchestre dans la mise en Ɠuvre des politiques publiques de transition, l’a en effet reconnu dans son travail prospectif Transition(s) 2050 qui trace quatre scĂ©narios de transition possibles. Le premier « GĂ©nĂ©ration frugale » et le deuxiĂšme « CoopĂ©ration territoriale » sont les plus ambitieux en termes de rĂ©duction de la consommation et de la production tout en rendant cette rĂ©duction acceptable pour nos modes de vies. « Ces deux scĂ©narios dressent un paysage qui est presque exclusivement portĂ© par l’ESS. Si on globalise un peu ces deux scĂ©narios, on Ă©volue dans un monde oĂč on essaie de consommer au plus prĂšs de nos besoins, on est dans l’économie circulaire, on est dans l’économie de matiĂšre, on est dans la rĂ©paration, dans le durable et le coopĂ©ratif », nous explique Jean-Louis Bergey, chef de projet Transition(s) 2050 dans le podcast « L’ESS au cƓur des scĂ©narios de l’Ademe ».

 

4 enfants se tiennent par la main en regardant l'horizon

Adoucir l’horizon de la sobriĂ©tĂ© Ă©nergĂ©tique

L’Ademe explique, en creux de ses scĂ©narios de frugalitĂ© et de coopĂ©ration, que l’ESS pourrait apporter Ă  la transition Ă©cologique sa capacitĂ© Ă  mutualiser l’effort de sobriĂ©tĂ© pour le rendre plus acceptable. Un enjeu fondamental et qui rĂ©sonne fortement dans le contexte actuel oĂč, l’appel Ă  la sobriĂ©tĂ© entendu depuis la fin du mois d’aoĂ»t, est d’abord un appel Ă  des actes individuels pour gĂ©rer le risque de pĂ©nuries. PĂ©nurie d’énergie, mais aussi de toute une sĂ©rie de denrĂ©es de base comme le blĂ© ou d’autres produits agricoles comme les pommes de terre dont la rĂ©colte a diminuĂ© de 25% en raison de la sĂ©cheresse.

L’ESS ne peut agir sur le temps court sur cet appel Ă  la sobriĂ©tĂ©. En revanche, elle sait organiser les solidaritĂ©s mĂȘme dans l’urgence (cf. l’adaptation des actions de solidaritĂ© durant les phases de confinement) . Et surtout les modĂšles associatifs, historiquement, et plus rĂ©cemment de sociĂ©tĂ© coopĂ©rative d’intĂ©rĂȘt collectif (Scic) favorisent la concertation des parties prenantes et donc la mise en commun des enjeux pour les rendre rĂ©els et Ă  portĂ©e d’action par les forces citoyennes, Ă©conomiques et politiques. Et crĂ©er ainsi les conditions d’une sobriĂ©tĂ© organisĂ©e et acceptĂ©e collectivement.

Autrement dit, si l’ESS n’est pas exemplaire et meilleure Ă©lĂšve que le reste de l’économie pour contribuer Ă  la neutralitĂ© carbone, elle y est disposĂ©e et dispose des outils et des process aptes Ă  engager de maniĂšre partagĂ©e et positive les transitions qui s’imposent. Un atout non nĂ©gligeable quand on sait que toucher Ă  nos modes de vies apparaĂźt aisĂ©ment comme une entrave Ă  notre libertĂ© individuelle et peut gĂ©nĂ©rer une rĂ©action de rejet violent.

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